Une affaire d'une ampleur exceptionnelle secoue actuellement l'Iran. Au moins 1,6 milliard de dollars provenant des ventes de pétrole iranien ont disparu au sein du réseau chargé d'aider le régime à contourner les sanctions internationales
Depuis plusieurs années, Téhéran s'appuie sur un système parallèle composé d'entreprises écrans, d'hommes d'affaires et d'intermédiaires installés notamment aux Émirats arabes unis, en Turquie et à Oman pour vendre son pétrole et récupérer les paiements en dehors du système bancaire international.
Mais une partie de ces intermédiaires aurait tout simplement disparu avec les fonds. D'autres auraient pris la fuite à l'étranger. Les autorités iraniennes ont ouvert 59 procédures judiciaires, procédé à plusieurs arrestations et demandé l'émission de 15 mandats d'arrêt internationaux par l'intermédiaire d'Interpol.
L'affaire alimente les critiques jusque dans les milieux économiques iraniens. Beaucoup s'interrogent sur les raisons qui ont conduit les autorités à confier des milliards de dollars à des intermédiaires privés sans véritable contrôle. Pour Iran International, ce mécanisme, conçu pour contourner les sanctions occidentales, est aujourd'hui devenu l'une des principales failles du régime.
Au-delà du scandale, cette affaire pourrait avoir des conséquences stratégiques. Les revenus tirés des exportations pétrolières constituent l'une des principales sources de financement de la République islamique. Toute perte de ces recettes réduit les marges de manœuvre du régime pour financer son programme nucléaire, développer ses capacités militaires ou soutenir ses alliés régionaux, notamment le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et les milices pro-iraniennes en Irak. Elle révèke aussi la vulnérabilité des réseaux clandestins sur lesquels Téhéran s'appuie depuis des années pour contourner les sanctions internationales, au moment où la pression économique sur le régime continue de peser.