Alon Shamriz, z'l, est l'un des trois otages tués par erreur par les soldats de Tsahal dans la Bande de Gaza au mois de décembre 2023. Avec Yotam Haim et Samer Talalka, ils avaient réussi à s'échapper, s'étaient approchés des troupes de Tsahal et avaient tenté de leur faire comprendre qui ils étaient. Les soldats ont ouvert le feu les prenant pour des terroristes. L'issue a été tragique.
Depuis, les parents d'Alon mènent une lutte face à l'armée et au ministère de la Défense pour qu'ils reconnaissent leur fils comme ''soldat tombé au combat'', qu'il soit inhumé dans un cimetière militaire, et qu'eux obtiennent le statut de parents endeuillés au titre de la loi sur les familles de soldats.
Les parents d'Alon avaient fait valoir devant la Cour que leur fils, réserviste actif au sein de l'unité du génie de combat Yahalom, avait été mobilisé le matin de l'attaque du 7 octobre bien qu'il ait été kidnappé avant de répondre à cet ordre de mobilisation. Ils ont également mis en avant l'ingéniosité et le courage dont il a fait preuve durant sa captivité et lors de son évasion, en mobilisant ses compétences militaires, estimant que les circonstances éminemment militaires de sa mort justifiaient une reconnaissance officielle à portée avant tout symbolique et morale.
De son côté, Tsahal, représenté par le chef du service des ressources humaines, le chef d'état-major et le procureur militaire général, a soutenu qu'Alon Shamriz n'avait pas été formellement convoqué au service de réserve au moment de son enlèvement, et n'était donc pas en service actif lorsqu'il a été tué. Selon l'armée, le contact pris avec lui dans la matinée du 7 octobre relevait d'une simple « vérification de disponibilité ».
Le juge David Mintz a précisé dans son opinion que la reconnaissance d'un soldat tombé au combat suppose qu'il ait effectivement été en service au moment où il a été atteint, ou qu'il ait été en route vers son point de rassemblement pour le service de réserve, ce qui n'était pas le cas d'Alon Shamriz, empêché de se présenter en raison même de son enlèvement.
Le juge Ofer Grosskopf a, pour sa part, souligné que la distinction entre un « soldat tombé au combat » et une victime civile relève, sur le plan juridique, d'une « distinction formelle et technique, et non d'une distinction de fond sur les valeurs », une distinction qui découle du statut de la personne au moment de sa mort, et non du degré de courage ou d'héroïsme dont elle a fait preuve.
Si le rejet de la requête a été unanime, les juges ont tenu à saluer la conduite exceptionnelle d'Alon Shamriz.
Yonatan Shamriz, le frère d'Alon, a vivement réagi à la décision : « Je vois dans cette décision un crachat au visage de la famille, causant une souffrance supplémentaire et injustifiée. Cette décision est politique du début à la fin, et n'aurait jamais dû arriver jusqu'à la Cour suprême. »
Il a rappelé que son frère avait, selon lui, bel et bien été mobilisé : « Alon, mon frère, un héros, a été appelé au matin du 7 octobre à rejoindre les réservistes de l'unité d'élite Yahalom dans laquelle il servait. Un message lui est parvenu. Dès l'instant où il l'a lu, il était mobilisé. Il existe des précédents. Il existe des cas similaires, et même moins évidents, qui ont été reconnus. Et en captivité, Alon s'est comporté exactement comme il se comportait pendant son service actif et sa réserve, à la pointe des combattants de Tsahal, dans la planification, dans le leadership, avec un courage sans égal. »