Sécurité

L'otage qui a tenu tête aux terroristes : le témoignage coup de poing de Rimon Buchshtab-Kirscht

« Je l’ai insulté en arabe pour que toute la foule qui se tenait autour comprenne »

7 minutes
22 juillet 2026

ParJohanna Afriat

L'otage qui a tenu tête aux terroristes : le témoignage coup de poing de Rimon Buchshtab-Kirscht
Rimon Buchshtab-Kirscht face à son geôlier Photo : Capture d'écran

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Près de trois ans après sa libération, l’ancienne otage Rimon Buchshtab-Kirscht livre son premier témoignage détaillé sur les 50 jours passés en captivité à Gaza. Dans plusieurs interviews accordées aux médias israéliens, elle revient sur son enlèvement au kibboutz Nirim le 7 octobre 2023, les violences subies, ses échanges avec des dirigeants du Hamas, dont Yahya Sinwar, et les derniers instants avant sa libération, son regard défiant envers ses ravisseurs étant devenu viral.

Âgée aujourd’hui de 39 ans, Rimon Buchshtab-Kirscht avait été enlevée avec son mari, Yagev Buchshtab, dans leur maison du kibboutz situé près de la frontière avec Gaza. Elle avait été libérée le 28 novembre 2023 dans le cadre d’un accord d’échange d’otages conclu lors d’une trêve temporaire entre Israël et le Hamas. Yagev, lui, est mort en captivité. Sa mort a été annoncée par l’armée israélienne en juillet 2024, avant que son corps ne soit retrouvé quelques semaines plus tard lors d’une opération militaire à Khan Younès.

Dans un entretien avec le site Ynet, Rimon raconte notamment ce qui s’est passé au moment de sa remise à la Croix-Rouge. Pendant le trajet vers le lieu de transfert, l’un de ses ravisseurs, qu’elle identifie sous le prénom de Mustafa, a multiplié les remarques sur son mari.

« Il n’arrêtait pas de me provoquer à propos de Yagev », explique-t-elle. « Il répétait : “Yagev sera là dans deux jours”, puis “Yagev sera là dans quatre jours”. Cela m’a profondément énervée. »

Avant de la remettre aux représentants de la Croix-Rouge, les hommes du Hamas lui avaient demandé de sourire et de saluer la foule. « Ils nous disaient : “N’ayez pas peur” », raconte-t-elle. « Mais à ce moment-là, après avoir été affamée et épuisée pendant des semaines, la peur n’était plus la même. »

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C’est alors qu’elle a décidé de répondre à son ravisseur en arabe. « Je l’ai insulté pour que toute la foule qui se tenait autour comprenne », raconte-t-elle. « Je lui ai dit que ce n’était pas parce qu’il portait un masque que je ne pouvais pas reconnaître sa voix ou me souvenir de ce qu’il m’avait fait. »

Elle ajoute avoir conclu par une expression arabe signifiant que chacun finit par répondre de ses actes : « Chaque chien connaît un jour son destin. »

Une histoire d’amour brisée par le 7 octobre

Rimon et Yagev Buchshtab-Kirscht se connaissaient depuis l’enfance. Originaires tous deux de la région frontalière de Gaza, ils se sont rapprochés en 2020 avant de se marier en 2021. Le couple vivait au kibboutz Nirim avec leurs animaux, cinq chiens et quatre chats.

Le 7 octobre 2023, à 6h29, les sirènes d’alerte ont réveillé les habitants du kibboutz. Lorsque les terroristes du Hamas ont pénétré dans leur maison, Yagev aurait regardé son épouse et prononcé : « Je suis désolé. » Rimon se souvient lui avoir immédiatement répondu : « Ne t’excuse pas. Ce n’est pas ta faute. Ce qui compte, c’est que nous restions ensemble. »

Selon son témoignage, les assaillants ont tenté de les séparer. « Nos vêtements étaient déchirés, mais nous refusions de nous lâcher. Ils n’ont pas réussi à nous porter, alors ils nous ont traînés dehors et nous ont frappés. »

Le couple a ensuite été emmené dans une voiturette de golf, avant d’être forcé à marcher plusieurs heures dans les champs, pieds nus et en pyjama. Rimon raconte avoir tenté de protéger son mari de la vision des massacres commis lors de l’attaque. « J’ai couvert les yeux de Yagev pour qu’il ne voie pas ce qui se passait autour de nous », dit-elle. « J’ai vu une jeune fille sur une moto, attachée par le haut du corps, tandis que le bas de son corps était traîné sur le sol. »

Une rencontre avec Yahya Sinwar

Au cours de sa captivité, Rimon raconte avoir rencontré Yahya Sinwar, alors chef du Hamas à Gaza, sans savoir immédiatement qui il était. « Je savais seulement que c’était quelqu’un d’important », explique-t-elle. Sinwar lui a notamment demandé des informations sur les otages et sur leurs conditions de détention.

« Il m’a parlé en anglais et m’a dit : “Parlons-en” », raconte-t-elle. Elle indique lui avoir répondu qu’elle avait beaucoup de choses à dire, mais qu’elle voulait d’abord obtenir une garantie : être transférée avec Yagev dans les tunnels où étaient détenus d’autres otages.

Sinwar lui a alors serré la main et leur aurait fait apporter du thé avant de les déplacer. Malgré cela, elle explique que leurs conditions de détention ne se sont pas améliorées par la suite.

« Je devais protéger Yagev »

Dans une autre interview diffusée sur la chaîne israélienne N12, Rimon a également raconté avoir tenté de défendre son mari à plusieurs reprises. « S’il faut poignarder un terroriste, on poignarde un terroriste », a-t-elle déclaré. Elle affirme avoir utilisé un couteau de cuisine contre l’un des hommes entrés dans sa maison le 7 octobre, puis une fourchette contre un ravisseur qui avait voulu frapper Yagev pendant leur captivité.

Elle raconte également avoir refusé de lire un texte préparé par le Hamas lors d’une vidéo de propagande réalisée avec d’autres otages, Danielle Aloni et Lena Trupanov. Ce refus lui a valu des coups qui lui ont cassé des dents.

Elle a aussi évoqué une agression sexuelle dont elle dit n’avoir pris conscience qu’après sa libération. « J’ai subi une fouille extrêmement intrusive », explique-t-elle. « Ce n’est qu’après coup que j’ai compris que, vue de l’extérieur, il s’agissait d’une forme d’agression sexuelle. »

« Celui qui sait ce que signifie perdre quelqu’un »

Lorsque les premières libérations d’otages ont commencé fin novembre 2023, Rimon raconte avoir appris qu’elle serait séparée de Yagev. Elle dit avoir supplié ses ravisseurs de libérer quelqu’un d’autre à sa place. « Je ne demande rien : ni médicaments, ni papier toilette. Je suis prête à rester ici, avec les puces, ma dent cassée et mon visage blessé », leur-a-t-elle dit. Mais les hommes du Hamas ont maintenu leur décision.

Dans ces moments difficiles, elle dit avoir trouvé du soutien auprès de Yarden Bibas, séparé de son épouse Shiri et de leurs deux enfants, Ariel et Kfir, dont les décès en captivité ont ensuite été annoncés.

« Il m’a dit : “Rimon, s’il y a quelqu’un qui sait ce que c’est que d’être arraché à la personne qu’on aime dans cet enfer qu’est Gaza, c’est moi” », rapporte-t-elle.

Lorsqu’elle a finalement été remise à la Croix-Rouge, Rimon affirme avoir exprimé sa colère : « Je lui ai dit : “Mais où étiez-vous donc ? Nous vous attendions les 7, 8 et 9 octobre.” »

« Plus tard, lors d’une rencontre à la résidence du président, cette même représentante de la Croix-Rouge a voulu me parler des civils innocents », a-t-elle raconté. « Je lui ai alors montré une cicatrice et je lui ai expliqué qu’elle venait d’une brique lancée par un enfant de quatre ans au moment où nous quittions Gaza. Cet enfant avait été amené par ses parents pour jeter des objets sur les otages », a-t-elle dénoncé.

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