Près de trois ans après sa libération, l’ancienne otage Rimon Buchshtab-Kirscht livre son premier témoignage détaillé sur les 50 jours passés en captivité à Gaza. Dans plusieurs interviews accordées aux médias israéliens, elle revient sur son enlèvement au kibboutz Nirim le 7 octobre 2023, les violences subies, ses échanges avec des dirigeants du Hamas, dont Yahya Sinwar, et les derniers instants avant sa libération, son regard défiant envers ses ravisseurs étant devenu viral.
Âgée aujourd’hui de 39 ans, Rimon Buchshtab-Kirscht avait été enlevée avec son mari, Yagev Buchshtab, dans leur maison du kibboutz situé près de la frontière avec Gaza. Elle avait été libérée le 28 novembre 2023 dans le cadre d’un accord d’échange d’otages conclu lors d’une trêve temporaire entre Israël et le Hamas. Yagev, lui, est mort en captivité. Sa mort a été annoncée par l’armée israélienne en juillet 2024, avant que son corps ne soit retrouvé quelques semaines plus tard lors d’une opération militaire à Khan Younès.
Dans un entretien avec le site Ynet, Rimon raconte notamment ce qui s’est passé au moment de sa remise à la Croix-Rouge. Pendant le trajet vers le lieu de transfert, l’un de ses ravisseurs, qu’elle identifie sous le prénom de Mustafa, a multiplié les remarques sur son mari.
« Il n’arrêtait pas de me provoquer à propos de Yagev », explique-t-elle. « Il répétait : “Yagev sera là dans deux jours”, puis “Yagev sera là dans quatre jours”. Cela m’a profondément énervée. »
Avant de la remettre aux représentants de la Croix-Rouge, les hommes du Hamas lui avaient demandé de sourire et de saluer la foule. « Ils nous disaient : “N’ayez pas peur” », raconte-t-elle. « Mais à ce moment-là, après avoir été affamée et épuisée pendant des semaines, la peur n’était plus la même. »
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C’est alors qu’elle a décidé de répondre à son ravisseur en arabe. « Je l’ai insulté pour que toute la foule qui se tenait autour comprenne », raconte-t-elle. « Je lui ai dit que ce n’était pas parce qu’il portait un masque que je ne pouvais pas reconnaître sa voix ou me souvenir de ce qu’il m’avait fait. »
Elle ajoute avoir conclu par une expression arabe signifiant que chacun finit par répondre de ses actes : « Chaque chien connaît un jour son destin. »
Une histoire d’amour brisée par le 7 octobre
Rimon et Yagev Buchshtab-Kirscht se connaissaient depuis l’enfance. Originaires tous deux de la région frontalière de Gaza, ils se sont rapprochés en 2020 avant de se marier en 2021. Le couple vivait au kibboutz Nirim avec leurs animaux, cinq chiens et quatre chats.
Le 7 octobre 2023, à 6h29, les sirènes d’alerte ont réveillé les habitants du kibboutz. Lorsque les terroristes du Hamas ont pénétré dans leur maison, Yagev aurait regardé son épouse et prononcé : « Je suis désolé. » Rimon se souvient lui avoir immédiatement répondu : « Ne t’excuse pas. Ce n’est pas ta faute. Ce qui compte, c’est que nous restions ensemble. »
Selon son témoignage, les assaillants ont tenté de les séparer. « Nos vêtements étaient déchirés, mais nous refusions de nous lâcher. Ils n’ont pas réussi à nous porter, alors ils nous ont traînés dehors et nous ont frappés. »
Le couple a ensuite été emmené dans une voiturette de golf, avant d’être forcé à marcher plusieurs heures dans les champs, pieds nus et en pyjama. Rimon raconte avoir tenté de protéger son mari de la vision des massacres commis lors de l’attaque. « J’ai couvert les yeux de Yagev pour qu’il ne voie pas ce qui se passait autour de nous », dit-elle. « J’ai vu une jeune fille sur une moto, attachée par le haut du corps, tandis que le bas de son corps était traîné sur le sol. »
Une rencontre avec Yahya Sinwar
Au cours de sa captivité, Rimon raconte avoir rencontré Yahya Sinwar, alors chef du Hamas à Gaza, sans savoir immédiatement qui il était. « Je savais seulement que c’était quelqu’un d’important », explique-t-elle. Sinwar lui a notamment demandé des informations sur les otages et sur leurs conditions de détention.