Une enquête retentissante du quotidien australien The Australian, publiée la semaine dernière, a mis au jour une réalité troublante vécue par les juifs d'Australie dans les hôpitaux et les cliniques. Mais ce phénomène ne se limite pas à l'Australie. En Europe également, où vivent environ 1,3 million de juifs, la montée de l'antisémitisme depuis le 7 octobre se fait sentir jusque dans les systèmes de santé.
Les témoignages recueillis montrent que cette hostilité provient de segments très divers de la société locale, et que des personnes porteuses d'opinions antisémites de longue date se sentent aujourd'hui bien plus légitimes à les exprimer ouvertement. Même dans des pays où le phénomène n'est pas encore largement documenté, comme la Suisse, l'Italie ou les Pays-Bas, des patients juifs craignent de révéler leur identité pendant un soin médical, évitent parfois les traitements non urgents dans les hôpitaux publics et préfèrent se tourner vers un médecin juif ou un établissement privé.
En Grande-Bretagne, selon les données du CST (Community Security Trust), principal organisme britannique de surveillance de l'antisémitisme, 135 incidents antisémites ont été documentés au sein du système de santé britannique entre le massacre du 7 octobre et décembre 2025. Parmi eux, 84 incidents soit environ 62 % ont été le fait du personnel de santé lui-même : médecins, personnel soignant et employés administratifs. 45 incidents ont été commis par des patients ou d'autres personnes présentes dans les établissements, et six autres ont été attribués à des étudiants en médecine.
Parmi les cas recensés : un médecin ayant affirmé que « le Hamas ne fait que son travail », une croix gammée peinte dans un vestiaire du personnel soignant, ou encore des médecins ayant publié sur les réseaux sociaux qu'« Israël n'a aucun droit d'exister ». Un employé hospitalier aurait lancé à une patiente lors de sa sortie : « que votre ambulance juive vienne vous chercher », tandis qu'une infirmière aurait été entendue affirmer pendant une opération que « les juifs arrivent partout et une fois arrivés, ils ne partent plus ».
Une revue publiée début juin par Lord John Mann, conseiller indépendant du gouvernement britannique sur la lutte contre l'antisémitisme, a conclu que le système de santé national (NHS) traversait une crise de confiance sévère, les membres du personnel juif faisant état d'un véritable ostracisme au quotidien, certains médecins et infirmières ayant même réorienté leur carrière en raison du traitement subi. Un porte-parole du CST a résumé la situation en soulignant que le simple fait que patients et soignants juifs en viennent à douter du respect de ce principe fondamental d'égalité de traitement était en soi « très préoccupant ».
Au Danemark, une infirmière juive travaillant depuis de nombreuses années dans le système de santé danois, désignée sous le pseudonyme de Sarah dans les colonnes du quotidien Israel Hayom, raconte que les juifs du pays préfèrent parfois se faire soigner par des médecins juifs ou dissimuler leur identité à l'hôpital. Elle relate avoir observé une multiplication, depuis le 7 octobre, des marques de soutien politique affichées par le personnel soignant, y compris des messages de soutien au Hamas et des autocollants appelant au boycott d'Israël.
Sarah cite notamment le cas d'une infirmière musulmane ayant refusé de qualifier le Hamas d'organisation nuisible, avant d'être convoquée elle-même par sa hiérarchie, qui lui aurait demandé d'éviter les discussions politiques au travail s'attardant même sur le sujet des boucles d'oreilles en étoile de David qu'elle portait. Elle explique avoir néanmoins toujours choisi de continuer à soigner l'ensemble de ses patients, quelle que soit leur origine, y compris un patient palestinien âgé qui l'avait insultée et refusé d'être traité par elle après avoir découvert qu'elle était juive.
En mars de l'année précédente, les responsables de la communauté juive de Norvège avaient adressé une lettre aux dirigeants du système de santé national, mettant en garde contre la peur ressentie par les juifs à l'idée de recourir à des soins médicaux. Le docteur Rolf Kirschner, médecin juif fort de 45 années d'expérience dans le système de santé public, avait alors décrit un phénomène qu'il jugeait sans précédent, évoquant des patients n'osant plus porter de symboles juifs lors de leurs rendez-vous médicaux.