L’Iran observe avec inquiétude l’avancement du corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe, connu sous le nom d’IMEC. Téhéran redouterai que ce vaste projet commercial permette progressivement au monde de réduire sa dépendance au détroit d’Ormuz.
Présenté en 2023, IMEC doit relier l’Inde aux Émirats arabes unis par voie maritime, avant de traverser l’Arabie saoudite, la Jordanie et Israël grâce à des lignes ferroviaires et des infrastructures énergétiques. Les marchandises rejoindraient ensuite l’Europe depuis les ports israéliens de la Méditerranée.
La nouvelle crise autour d’Ormuz a renforcé l’intérêt pour ce projet. Le détroit reste l’un des passages les plus sensibles du commerce mondial et une voie essentielle pour les exportations de pétrole et de gaz du Golfe. En menaçant la navigation, l’Iran peut provoquer une hausse des prix de l’énergie, faire pression sur les puissances occidentales et rappeler son poids stratégique.
Israël tente déjà de se positionner au cœur de cette nouvelle architecture régionale. Le ministre de l’Énergie, Eli Cohen, a proposé la construction d’un pipeline d’environ 700 kilomètres reliant l’Arabie saoudite à Eilat. Le pétrole pourrait ensuite emprunter l’oléoduc israélien existant jusqu’à Ashkelon, avant d’être exporté vers l’Europe.
Benjamin Netanyahu avait lui aussi évoqué, dès mars, la possibilité de faire transiter le pétrole et le gaz du Golfe vers les ports méditerranéens israéliens afin de contourner durablement les points de passage menacés par l’Iran et les Houthis.
L’Arabie saoudite étudie parallèlement l’augmentation de la capacité de ses pipelines vers la mer Rouge, tandis que plusieurs États du Golfe examinent différentes routes alternatives vers la Méditerranée. La perturbation d’Ormuz accélère désormais les investissements dans les chemins de fer, les pipelines et les procédures douanières nécessaires à ces nouveaux corridors.
Pour l’Iran, le danger dépasse donc la simple concurrence commerciale. Si IMEC devient opérationnel et si les pays du Golfe peuvent exporter une partie de leur énergie sans dépendre d’Ormuz, Téhéran perdrait une part de sa capacité à menacer l’économie mondiale en période de crise.
Le projet reste cependant loin d’être achevé. Il nécessite encore d’importants investissements, des accords entre plusieurs pays et une coopération régionale complexe, notamment entre Israël et l’Arabie saoudite. À court terme, le détroit d’Ormuz demeure incontournable et les récentes attaques contre des navires ont une nouvelle fois montré sa capacité à faire trembler les marchés.